• Réforme de l'apprentissage : des arbitrages politiques dangereux pour les jeunes et pour la voie professionnelle scolaire !

    Réforme de l'apprentissage : 

    des arbitrages politiques dangereux pour les jeunes et pour la voie professionnelle scolaire !

     

    Depuis 10 ans les politiques volontaristes de développement de l'apprentissage n'ont fait qu'accentuer le chômage des jeunes et accroître le nombre de jeunes sans solution d'emploi ni de formation. Pourtant, le gouvernement persiste : « Les 20 mesures concrètes pour transformer l'apprentissage en France » révèlent son obstination irrationnelle pour renforcer des dispositifs inopérants et inefficaces. Plutôt que de chercher à mettre en œuvre une formation professionnelle méthodique et complète, il fait le choix de dégrader les conditions d’études des jeunes.

    Par ce choix, le gouvernement dévalorise à nouveau, de façon irresponsable, la voie professionnelle publique sous statut scolaire. C’est pourtant la seule solution pour sécuriser la formation professionnelle des jeunes : sans discrimination, sans sélection, avec des taux de ruptures nettement moindres qu’en apprentissage, la voie scolaire permet chaque année de valider par un diplôme le premier niveau de qualification obtenu par environ 250 000 jeunes.

     

    En premier lieu, Edouard Philippe annonce l’implantation d’une UFA dans tous les LP : cela aura des conséquences délétères sur les conditions de travail des enseignant×es et sur les conditions d’études des jeunes. Ces implantations vont instaurer une mise en concurrence brutale entre les voies de formation et entre les filières dans les établissements ; le statut des Professeurs de lycée professionnel (PLP) sera remis en cause.

    Le gouvernement répond favorablement au MEDEF qui exige de pouvoir embaucher des apprenti×es tout au long de l’année. Ce choix implique des entrées/sorties en formation à tout moment et va désorganiser fortement les enseignements et les examens.

     

    Le 1er Ministre entend également poursuivre le développement des Campus des Métiers pour favoriser les allers/retours entre les LP et les CFA. Outre le fait que ces campus sont créés pour répondre principalement aux besoins économiques locaux, sans vraiment se préoccuper des attentes des jeunes en termes de formation, le développement de telles « vitrines » sera préjudiciable aux autres établissements qui seront siphonnés de leurs moyens et de leur public.

    Vouloir confier l'orientation professionnelle aux régions va évidemment dans ce sens, ces dernières disposant ainsi d'un outil pour canaliser les flux d'élèves vers les formations qu'elles voudront prioriser - une fois de plus les demandes des familles et des jeunes en matière d'affectation sont complètement méprisées. D'autant que ces mêmes régions organiseront des journées d'information à destination des élèves de 4ème, 3ème, 2nde et 1ère, ce qui leur permettra de faire une promotion outrancière de l'apprentissage au détriment de la voie scolaire.

     

    La rédaction des référentiels d'activités professionnelles (RAP) et de compétences va être confiée aux seules branches professionnelles qui décideront avec l'État des règlements d'examen et des référentiels de formation. Le SNUEP-FSU dénonce fermement la perte d'ambition pour les diplômes délivrés par l'Éducation Nationale : les employeurs souhaitent limiter les savoirs, notamment ceux liés à la culture générale et citoyenne, au profit de compétences qu'ils prétendent transversales, souvent floues, et centrées sur leurs besoins immédiats.

     

    Une classe de prépa-apprentissage sera proposée aux jeunes qui désireraient s'orienter vers cette voie de formation sans avoir encore réussi à signer de contrat. Cette prépa-apprentissage se déroulera "prioritairement" dans les CFA, mais pourra toutefois exister aussi dans les lycées. Cette décision arbitraire jamais discutée, ni avec la profession, ni avec les organisations syndicales démontre surtout que les sortant×es de collège ne sont pas prêts à intégrer le monde du travail dans les conditions souhaitées par les employeurs. Comme rien n'est dit sur les contenus qui y seront enseignés, il est à craindre que ces classes ne servent qu'à formater les jeunes aux "savoir-être" attendus par le patronat.

     

    Enfin, la réglementation des conditions de travail sera revue pour déroger aux 35 heures et permettre aux apprenti×es de travailler sur des horaires atypiques. Ces dernier×es sont déjà 80 fois plus exposé×es aux accidents du travail que les lycéen×nes professionnel×les. Toute aggravation des conditions de travail des apprenti×es ne pourra qu'accroître ce phénomène.

     

    Le SNUEP-FSU rappelle que valoriser la formation professionnelle initiale consiste à renforcer les savoirs professionnels et généraux ainsi que les dispositifs qui permettent de mieux préparer les jeunes à appréhender leur futur métier. En aucune façon, comme cela est le cas avec les mesures annoncées, ce ne doit être une mise en concurrence injuste et dangereuse dans le but de fragiliser toujours plus le service public d'Éducation et de répondre aux besoins des organisations patronales en main d'œuvre bon marché voire gratuite.

     

    Le SNUEP-FSU dénonce ces propositions ainsi que leurs conséquences sur les jeunes et la voie professionnelle publique.

     

    C'est le service public de la formation professionnelle scolaire qui doit être conforté et renforcé. Il permet un meilleur taux d’accès au diplôme et contribue davantage à éviter les sorties sans qualification. De plus, il offre une formation méthodique et complète assumant ainsi la double finalité des diplômes : poursuite d’études et insertion professionnelle.